C’est en tant que chaperonne de la classe d’Armand – parent accompagnateur bénévole – que j’ai eu l’occasion de découvrir Angel Island, la plus grande île de la baie de San Francisco après Alameda. Ce site magnifique, peu connu des touristes (en tout cas il ne figure dans aucun de mes guides), est pourtant un site chargé d’histoire. Entre 1910 et 1940, il a servi de principal centre d’immigration de la côte Ouest, accueillant près d’un million de migrants venus principalement d’Asie – Chine, Japon, Philippines.
Avant d’arriver sur l’île, l’excursion elle-même est déjà un voyage.
Nous avons d’abord emprunté le BART (Bay Area Rapid Transit), le train rapide qui relie Berkeley à San Francisco. En moins de 25 minutes, nous rejoignons Embarcadero, première station san-franciscaine et point d’accès à la gare maritime.
Depuis Embarcadero, nous embarquons sur un bateau pour une traversée de 20 à 30 minutes vers Angel Island. Le soleil est au rendez-vous, le Golden Gate Bridge se dessine à l’horizon, et la nature nous fait un cadeau inoubliable : dauphins, sea lions, loutres et deux baleines viennent ponctuer la traversée.


Nous accostons au seul et unique petit port de l’île – qui n’est pas habitée – avant d’entamer une marche d’environ une heure pour atteindre le site historique.

À notre arrivée sur le site, une courte introduction nous est proposée avant la visite des bâtiments. Souvent décrite comme le pendant d’Ellis Island à New York, Angel Island offre pourtant une réalité bien différente. Alors qu’Ellis Island m’évoque des images marquantes plutôt positives de parcours d’Européens venus chercher une vie meilleure, Angel Island raconte une histoire plus complexe : celle des migrants asiatiques confrontés à la suspicion, aux discriminations et à des conditions de détention particulièrement dures. Surnommée « l’Ellis Island de l’Ouest », elle fut marquée par l’application de lois raciales comme la Chinese Exclusion Act de 1882, première loi fédérale interdisant l’immigration sur des critères ethniques !! Cette loi, qui visait à exclure les travailleurs chinois, ne sera abrogée qu’en 1943, lorsque la Chine devient alliée des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Lors de notre visite, nous avons exploré les anciens dortoirs et découvert les poèmes gravés en calligraphie chinoise dans le bois des murs – émouvants témoignages de cette histoire douloureuse. Aujourd’hui, l’île est un parc d’État et un lieu de mémoire essentiel, qui rappelle les réalités de l’immigration et du racisme institutionnel aux États-Unis.








