Stanford et la silicon valley

Avant de quitter la région, je tenais à voir de mes propres yeux ce que cache ce nom mythique : la Silicon Valley. Pascal y était déjà venu, en 2018, à l’occasion d’un séminaire à Stanford, à l’époque où nous vivions au Canada. Il n’en gardait pourtant qu’un souvenir flou : de violents incendies dans la baie avaient alors contraint tout le monde à rester à l’intérieur. Cette fois, c’est sous un ciel bleu éclatant que nous avons redécouvert — ou découvert — cet endroit emblématique.
À une heure de route de Berkeley, nous avons décidé d’y passer notre dimanche. Nous avons commencé par visiter le campus prestigieux de Stanford University.
Souvent mises dans le même sac que Berkeley, ces deux universités font pourtant figure d’opposées : Stanford est une institution privée ultra-richissime, tandis que Berkeley est une université publique, engagée historiquement à gauche et bien plus modeste dans ses moyens. La différence se ressent dès l’arrivée : le campus de Stanford s’étend sur 33 000 hectares (un des plus vastes des États-Unis), contre 500 hectares pour Berkeley ; alors qu’elle accueille beaucoup moins d’étudiants comparés (17K pour la première ; 45k pour Berkeley).
Stanford porte le nom de son fondateur, Leland Stanford, magnat du chemin de fer et ancien gouverneur de Californie. (Nous avions découvert son nom à Sacramento, au musée du chemin de fer.) Après la mort tragique de leur fils unique à l’âge de 15 ans, lui et son épouse Jane ont décidé de créer une université en son honneur. Le campus fut inauguré en 1891 avec 500 étudiants, sur des terres achetées à un ancien communard français, Lathrop. Le plan initial du campus fut confié à Frederick Law Olmsted, célèbre pour avoir conçu Central Park à New York.
Dès sa fondation, Stanford se voulait novatrice : laïque, mixte (hommes et femmes y étudiaient ensemble, une première à l’époque pour une université privée américaine) et tournée vers les sciences appliquées. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’une des universités les plus sélectives et les plus chères au monde. Les frais annuels s’élèvent à environ 65 000 dollars, auxquels il faut ajouter logement, repas, assurances et autres frais de vie. Le coût total dépasse aisément les 100 000 dollars par an… Mais les infrastructures sont à la hauteur : parcours de golf, piscines, courts de tennis, terrains de sport à perte de vue… Tout est pensé pour le confort et l’épanouissement des étudiants.

Le nom Silicon Valley fait référence à la silice, composant de base des puces électroniques. C’est dans cette région, autour de la petite ville résidentielle de Palo Alto, qu’est née l’industrie technologique moderne.
À l’origine, ce sont surtout des passionnés — des « geeks » — qui, dans les garages de leurs parents, ont bricolé les premières innovations. De simples expériences sont devenues des empires. Une plaque commémorative sur la façade d’une maison ordinaire de Palo Alto proclame d’ailleurs le lieu comme le « berceau de la Silicon Valley » : c’est ici que Hewlett et Packard ont lancé leur entreprise en 1939, dans le fameux HP Garage.


Aujourd’hui, les grands noms de la tech y ont leur quartier général. Seul le Googleplex, le siège de Google à Mountain View, est partiellement accessible au public. Le site ressemble à une ville dans la ville : des bâtiments à taille humaine, des parkings avec bornes pour véhicules électriques, des espaces verts très soignés, des chaises longues et tables de pique-nique aux couleurs de Google. On y croise aussi des vélos rétro multicolores, mis à disposition des employés pour se déplacer sur le campus. Le visitor center, immense, propose une boutique, un café, un jardin de sculptures à la gloire d’Android, et quelques installations ludiques pour les visiteurs.


À quelques pas de là, le Computer History Museum retrace de manière passionnante l’évolution des technologies informatiques. Moi qui reste assez hermétique à la technologie, j’ai été bluffée.
L’espace « Revolution » présente l’histoire de l’ordinateur, depuis les premiers calculateurs mécaniques jusqu’à l’intelligence artificielle. On y voit des cartes perforées, des machines Enigma, des ordinateurs personnels des années 1980, des prototypes de Silicon Graphics ou Apple, et bien d’autres curiosités.
Un autre espace, consacré aux logiciels, détaille l’évolution du codage — une partie plus technique mais non moins fascinante. Les enfants se sont éclatés en testant des jeux vidéo, en explorant World of Warcraft, ou en s’essayant à coder un mini-jeu.

Cette brève immersion dans la Silicon Valley m’a permis de mettre des images sur des noms que j’entendais depuis toujours. Un monde qui me dépasse sans doute encore, mais que je suis heureuse d’avoir pu approcher, même un peu. :