Le Grand Canyon

Sans doute l’un des plus grands chocs esthétiques du voyage : vertigineux, envoûtant, hypnotique… parfois angoissant, mais surtout profondément grandiose. Difficile à décrire avec des mots. On se l’imagine avant d’y être : une ligne droite comme un horizon, un fleuve tout en bas, et entre les deux, des couches de roche marquées par des millions d’années d’érosion. Et pourtant, quand on y est… tout bascule !

Nous avons fait un détour de plusieurs centaines de kilomètres pour inclure le Grand Canyon dans notre road trip californien. C’était un incontournable. Anne-Marie, qui l’avait découvert lors de son premier voyage aux États-Unis, nous poussait à y aller.
Mais ce parc est immense (comme tout ici)— plus de 450 km de long. Nous avons donc choisi de le découvrir côté ouest, la partie la plus proche de Las Vegas, gérée par les Indiens Hualapai. (quant au reste du canyon, il relève des parcs nationaux).

La bande-son du film Arizona Dream de Kusturica nous a accompagnés pour notre entrée dans la réserve. Un choix tout sauf anodin : une musique qui a marqué mon enfance. Étrange, un peu mélancolique, parfaite pour cette arrivée dans un décor hors du temps. L’entrée est d’ailleurs un peu déroutante : un immense parking, des hélicoptères en attente de clients, un indien à l’entrée qui explique que les dons sont les bienvenus pour l’éducation des enfants… On attend le bus patiemment, Pascal sceptique, mais on a envie d’y croire…

Puis, au dernier arrêt, on se retrouve face à l’immensité … Trop grand. Trop beau. Tellement profond. Une faille gigantesque devant nous, comme si la terre s’était littéralement ouverte. Une profondeur qu’aucune photo ne peut vraiment traduire.
Le regard plonge, se perd dans les plis des falaises et les différentes nuances d’ocre. Et tout en bas, loin, le Colorado, trace son sillon tranquillement, comme si de rien n’était. On se sent tout petits, un peu suspendus hors du monde.

Il n’y a pas grand-chose à dire. Alors on regarde.
Armand s’éloigne, impressionné — même effrayé. Il a peur que tout s’écroule, que le sol se dérobe. Moi, au contraire, ce paysage m’appelle, mais le peu de barrières nous met sur nos gardes, presque rien ne nous sépare du vide.

Nous n’aurons pas l’occasion d’y retourner avant notre départ, mais ce lieu mérite d’y passer du temps. J’imagine aussi que l’autre point de vue, celui depuis le Colorado doit être tout aussi spectaculaire !